Les modèles génératifs déjà en service avant le 2 août 2026 doivent marquer leurs sorties au 2 décembre. Anthropic est le premier à dater sa migration, modèle par modèle — état des lieux chez les autres fournisseurs et ce qu'un déployeur doit exiger.

Depuis le 2 août 2026, chaque fournisseur de modèles a su annoncer que ses nouveaux modèles marquaient leurs sorties. C'était la partie facile : un modèle qui naît sous la règle naît marqué. La question que presque personne ne pose est celle des modèles déjà en service — ceux que des milliers d'entreprises ont intégrés à leurs produits avant que l'obligation n'existe, et pour lesquels le règlement n'accorde qu'un sursis.

Ce sursis se referme le 2 décembre 2026. Il reste, à la publication de cet article, moins de trois mois. Et un premier fournisseur vient de dater sa migration, modèle par modèle.

Pour le cadre légal complet, voir notre page sur les obligations de transparence de l'article 50. Pour la technique du marquage et ses limites démontrées, voir notre analyse du déploiement des watermarks. Cet article traite d'autre chose : la flotte existante, et ce qu'un déployeur doit exiger de son fournisseur avant décembre.

Ce que le sursis couvre exactement — et ce qu'il ne couvre pas

L'article 50(2) du règlement (UE) 2024/1689 impose aux fournisseurs de systèmes d'IA générative de marquer leurs sorties dans un format lisible par machine, identifiable comme artificiellement généré ou manipulé. Cette obligation s'applique depuis le 2 août 2026.

Le Digital Omnibus — règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026 — y a introduit une exception étroite : les systèmes d'IA générative déjà mis sur le marché de l'Union avant le 2 août 2026 disposent de quatre mois supplémentaires, soit jusqu'au 2 décembre 2026, pour satisfaire à cette seule obligation de marquage.

Trois précisions décident de votre exposition réelle.

Le sursis ne concerne que le marquage. Les trois autres obligations de l'article 50 s'appliquent depuis le 2 août sans aucun délai : informer les personnes qu'elles interagissent avec un système conversationnel, informer celles qui sont soumises à une reconnaissance des émotions ou à une catégorisation biométrique, étiqueter les deep-fakes et les textes publiés sur des sujets d'intérêt public. Une entreprise qui se croit couverte jusqu'en décembre pour l'ensemble de l'article 50 se trompe de trois obligations sur quatre.

Le critère est la mise sur le marché du système, pas votre date d'intégration. Un modèle antérieur au 2 août que vous branchez dans votre produit aujourd'hui reste un modèle antérieur : c'est son fournisseur qui bénéficie du délai, et c'est lui qui doit l'avoir refermé en décembre.

L'obligation pèse sur le fournisseur du système génératif, pas sur vous qui l'intégrez — jusqu'au moment où vous devenez vous-même fournisseur, notamment en apposant votre marque sur le système ou en le modifiant substantiellement. Notre guide des obligations sur les systèmes d'IA tiers détaille ce basculement. Mais même en restant déployeur, votre produit hérite d'une dépendance : si le modèle que vous consommez ne marque pas ses sorties en décembre, c'est votre produit qui diffuse du contenu non marqué.

Le premier calendrier de migration daté

Chez Anthropic, les modèles lancés à partir du 2 août 2026 marquent leurs sorties dès leur mise en service. Les notes de version de la Claude Platform du 1er septembre 2026 le confirment pour Claude Fable 5.1 et Claude Mythos 5.1 : le texte porte le watermark de la maison, et les fichiers image, vidéo et audio produits par l'outil d'exécution de code portent des Content Credentials C2PA lorsqu'ils sont récupérés via la Files API.

Restait la flotte antérieure. Selon une notification adressée aux clients de la Claude Platform, consultée par la rédaction et non reprise publiquement à ce jour, Anthropic étend son watermark de texte aux sorties de Claude Opus 5 à compter du 9 septembre 2026. C'est le premier modèle antérieur à l'entrée en application à être rattrapé ; les autres modèles en service doivent suivre dans les semaines qui viennent, chaque changement étant annoncé à l'avance. La démarche est explicitement présentée comme une anticipation de l'échéance de décembre, destinée à ce que le marquage soit déjà en place pour les clients qui traitent leurs propres obligations.

Quatre caractéristiques techniques comptent pour qui intègre ces modèles.

Ce dernier point mérite d'être souligné pour ce qu'il implique en creux : une migration de marquage bien conçue ne devrait pas casser une intégration. Si votre fournisseur vous annonce le contraire, la question à poser est de savoir à quelle couche il applique sa marque.

Où en sont les autres fournisseurs

Fournisseur Modèles neufs Flotte antérieure Marquage du texte
Google Marqués Déjà marquée — SynthID déployé depuis 2023 sur l'image, étendu au texte et à la vidéo en 2024 Oui
Anthropic Marqués depuis le 2 août 2026 Migration datée — Opus 5 au 9 septembre, les suivants annoncés à l'avance Oui
OpenAI Images et audio marqués Images marquées depuis 2024 (C2PA), watermark invisible ajouté en 2026 ; audio étendu le 31 juillet 2026 Non — méthode construite, jamais déployée, aucune date annoncée
Meta C2PA, marquage image et audio propriétaires, étiquette visible Déploiement progressif sur les produits grand public Non documenté
Microsoft Content Credentials C2PA sur Designer et Copilot Non documenté
Mistral Signataire du code de transparence Aucun détail public Non documenté
xAI Logo visible sur les images Aucun engagement Non — n'a signé aucun des deux codes

Le contraste le plus instructif n'oppose pas les bons élèves aux mauvais, mais deux stratégies. Google n'a pas eu de migration à conduire : il marquait ses sorties trois ans avant d'y être tenu, et sa flotte était conforme avant que la règle n'existe. Anthropic a la migration la plus visible parce qu'elle est la plus récente — et qu'elle est datée publiquement, modèle par modèle. OpenAI, en revanche, a signé le code de bonnes pratiques qui prévoit le marquage du texte et ne marque toujours pas le texte de ChatGPT, sans calendrier annoncé.

Deux codes de bonnes pratiques, deux listes de signataires

C'est la confusion la plus répandue dans les analyses publiées cet été, et elle change l'appréciation de chaque fournisseur.

Le code de bonnes pratiques sur les modèles d'IA à usage général, publié en juillet 2025, porte sur la sûreté, la sécurité, la transparence et le droit d'auteur des modèles. Une trentaine de fournisseurs l'ont signé. Meta a refusé de le signer ; xAI n'en a signé que le chapitre sûreté et sécurité.

Le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA est un texte distinct, publié le 10 juin 2026, dont la Commission a reconnu le caractère adéquat le 8 juillet et le Comité IA le 9 juillet. Les lignes directrices de la Commission sur l'article 50 ont suivi le 20 juillet, et la liste des signataires a été publiée le 31 juillet 2026 : environ 190 organisations, dont 82 au titre de la section 1 — les fournisseurs, soumis aux obligations de marquage — et 152 au titre de la section 2, celle des déployeurs soumis à l'étiquetage.

Meta a signé ce second code, alors même qu'il avait refusé le premier. xAI n'a signé ni l'un ni l'autre. Un fournisseur non signataire n'est pas dispensé de l'article 50 : il reste tenu par le règlement, mais doit construire et défendre seul une méthode dont il lui appartient de démontrer qu'elle est aussi robuste que le code — avec, selon la position constante du Bureau de l'IA, une charge de la preuve plus lourde et des demandes d'information plus nombreuses.

Parmi les signataires de la section 2 figurent des entreprises très éloignées du secteur : Bulgari, Getty Images, Iberdrola, Lenovo, Lufthansa. C'est un rappel utile — l'étiquetage des contenus générés n'est pas un sujet de laboratoire d'IA.

Ce qu'un déployeur doit exiger avant décembre

Si vous intégrez un modèle tiers dans un produit qui génère du texte, des images, de l'audio ou de la vidéo, quatre demandes écrites valent mieux qu'une veille passive.

  1. La liste des modèles que vous consommez, avec l'état du marquage pour chacun. Un fournisseur qui ne sait pas répondre modèle par modèle ne sait pas où il en est.
  2. Le calendrier daté de migration des modèles antérieurs au 2 août 2026. Anthropic vient d'établir qu'un tel calendrier peut être communiqué à l'avance, modèle par modèle. C'est désormais un précédent citable auprès des autres fournisseurs.
  3. La couche à laquelle le marquage est appliqué. Un marquage au niveau du modèle vous suit sur toutes les plateformes qui le servent ; un marquage appliqué à la seule interface grand public ne couvre pas vos appels API.
  4. Les modalités d'accès à la détection. Les API de détection sont, chez la plupart des fournisseurs, en accès restreint — réservées aux régulateurs, aux forces de l'ordre, aux médias, aux chercheurs, et aux entreprises soumises à une obligation de vérification. Si vous êtes dans ce dernier cas, demandez-le explicitement.

Et deux vérifications de votre côté : votre chaîne de traitement ne doit pas détruire les métadonnées de provenance des fichiers que vous rediffusez — beaucoup de pipelines de redimensionnement ou de compression les retirent par défaut ; et votre statut doit être clarifié, car apposer votre marque sur un système tiers ou le modifier substantiellement fait de vous le fournisseur, avec les obligations qui vont avec.

Ce que le marquage ne prouve pas

Une dernière prudence, à tenir dans toute communication publique sur le sujet. Une marque détectée signifie que le modèle a traité le contenu — elle ne dit pas qu'il l'a rédigé seul, ni dans quelle proportion. L'absence de marque ne prouve rien non plus : le contenu peut provenir d'un modèle non couvert, d'un fournisseur non conforme, d'une réécriture suffisante pour passer sous le seuil de détection, ou d'un fichier dont les métadonnées ont été retirées à la publication. Les travaux indépendants sur la robustesse des marquages, que nous avons détaillés dans une analyse dédiée, convergent tous vers ce constat.

Le marquage est un instrument de conformité et un indice de provenance. Ce n'est ni un détecteur d'IA, ni une preuve d'auteur — et le présenter comme tel crée une exposition supplémentaire.

Notre checklist de conformité couvre l'ensemble des obligations, et le suivi des échéances donne les dates applicables à votre situation. Le texte de l'obligation figure à l'article 50, les sanctions à l'article 99.

Sources

Calendrier officiel de conformité AI Act

Mis à jour le · Sources : Règlement (UE) 2024/1689 et Digital Omnibus AI 2026.

Obligation S'applique à Date initiale Nouvelle date Statut Compte à rebours Base légale
Pratiques interdites (Art. 5) Tous les fournisseurs et déployeurs active AI Act Art. 5
Règles GPAI (chapitre 5) Fournisseurs de modèles GPAI active AI Act Art. 51-56
Pouvoirs de sanction de la Commission sur les modèles GPAI Fournisseurs de modèles GPAI active AI Act Art. 88-94, 101
Obligations de transparence (Art. 50) Fournisseurs et déployeurs de chatbots, IA générative, reconnaissance des émotions active AI Act Art. 50
Nouvelle interdiction Art. 5 (pédopornographie / contenus intimes non consentis) Fournisseurs et déployeurs de systèmes d'IA générative active Omnibus AI 2026 Art. 5
Marquage contenu IA (transparence) Fournisseurs de systèmes d'IA générative sur le marché avant le 2 août 2026 active AI Act Art. 50(2) — transitoire
Bacs à sable réglementaires Autorités nationales compétentes deferred Omnibus AI 2026 Art. 57
IA à haut risque — Annexe III (autonomes) Fournisseurs de systèmes autonomes Annexe III deferred Omnibus AI 2026 Art. 6(2)
IA à haut risque — Annexe I (embarquée) Systèmes IA embarqués dans produits réglementés Annexe I deferred Omnibus AI 2026 Art. 6(1)

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Questions fréquentes

C'est un délai supplémentaire accordé au seul marquage lisible par machine de l'article 50(2), et uniquement aux systèmes d'IA générative déjà mis sur le marché de l'Union avant le 2 août 2026. Il a été introduit par le Digital Omnibus, règlement (UE) 2026/1744. Passé le 2 décembre 2026, ces systèmes doivent marquer leurs sorties comme tous les autres.

Uniquement s'il était déjà mis sur le marché de l'Union avant le 2 août 2026. Tout système lancé à partir de cette date devait marquer ses sorties dès le premier jour, sans aucun délai. Le critère est la mise sur le marché du système, pas la date à laquelle vous l'avez intégré : un modèle ancien intégré dans votre produit en septembre reste un modèle ancien.

Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Il ne couvre que l'obligation de marquage lisible par machine des contenus de synthèse. Les trois autres obligations s'appliquent déjà sans aucun délai : l'information des personnes qui interagissent avec un système conversationnel, l'information des personnes soumises à une reconnaissance des émotions ou à une catégorisation biométrique, et l'étiquetage des deep-fakes et des textes publiés sur des sujets d'intérêt public.

Trois choses écrites : la liste des modèles que vous consommez avec, pour chacun, l'état du marquage ; le calendrier daté de migration des modèles antérieurs au 2 août 2026 ; et la couche à laquelle le marquage est appliqué. Un marquage appliqué à la couche du modèle vaut partout où ce modèle est servi, y compris chez un revendeur cloud ; un marquage appliqué à la seule interface grand public ne vous couvre pas si vous consommez le modèle par API.

Chez les fournisseurs qui ont documenté leur dispositif, non. Le marquage statistique du texte agit sur le choix des mots sans ajouter ni caractère ni token, et reste sans effet sur le prix, la latence et le format des requêtes et des réponses. Les métadonnées de provenance, elles, sont attachées aux fichiers et peuvent disparaître si votre chaîne de traitement les retire — c'est le point à vérifier de votre côté.

Le manquement à l'article 50 est sanctionné jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Ces amendes relèvent des autorités nationales de surveillance du marché, et non de la Commission — pour la plupart des entreprises, l'interlocuteur en cas de contrôle est national.

Non, et la réciproque est tout aussi importante. L'absence de marque peut signifier que le contenu vient d'un modèle non couvert, d'un fournisseur non conforme, ou qu'il a été suffisamment réécrit pour que la marque ne soit plus détectable. À l'inverse, une marque détectée indique que le modèle a traité le contenu, pas qu'il l'a rédigé seul. Le marquage est un indice de provenance, pas une preuve d'auteur.

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